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Des roughs, quels roughs ?

par | Avr 30, 2018 | Roughs | 0 commentaires

J’ai commencé ma carrière de roughman chez RSCG Direct Nord en 1987. À cette époque, les ordinateurs n’avaient pas encore envahi les agences de communication et les feutres trio y régnaient en maîtres. Les roughs étaient la seule façon de présenter nos concepts et ils devaient être le plus précis possible car cette précision dans l’exécution était le support des briefs qui allaient suivre.

Dès après la validation des roughs par le client entraient en scène les prestataires de l’exécution technique de la maquette : le photocompositeur, les photographes, stylistes et pour finir le studio d’exécution qui allaient tous se baser aussi fidèlement que possible sur ces roughs pour produire un résultat final correspondant autant que possible à ce qui avait été présenté. Quelquefois, les roughs entraient directement dans la maquette finale, je me souviens de poudrés réalisés avec une bombe aérosol branchée sur l’extrémité de feutres Trio ayant été scannés pour servir de dégradé dans un logo par exemple.

Ensuite, l’informatique a envahi nos vies après qu’un adolescent californien un peu perturbé dont les pommes constituaient la base de son alimentation ait finalement projeté d’en faire manger jusqu’à plus faim à la planète entière.

Quand j’étais DA senior en agence chez Meura (lille) de 1985 à 1999, une grande partie de mon travail consistait à faire des roughs pour présenter nos concepts aux clients de l’agence. À cette époque, il était tout à fait possible (et courant) de réaliser des maquettes électroniques intégrant la typographie, les couleurs, et quelquefois de la pige photo. À ce moment, les roughs devenaient moins réalistes, je m’obligeais à les faire à une échelle très réduite de l’ordre de 10% de la dimension réelle. L’absence de détails trop précis permettait alors pendant les présentations des maquettes de se concentrer sur l’essentiel. La maquette n’était plus figée, c’est une époque ou les clients avaient commencé à participer plus activement au processus de communication. Lors de mes débuts chez RSCG Direct, les clients avaient souvent un profil plus managérial ou commercial, mais dans cette fin des années 80, la communication était devenue un phénomène de mode et tout le monde s’y piquait. Ces petits roughs imprécis étaient alors un support non figé, une promesse que la maquette finale puisse ressembler à ce que le client ET l’équipe de l’agence allaient pouvoir lui donner comme devenir. La liberté du rough sortait aussi les visuels produits des carcans de la pige en laissant plus de marge de manœuvre aux photographes, avec plus de chances de voir un client plus impliqué dans le processus créatif valider le résultat final.

Aujourd’hui, les roughs que je réalise sont souvent à mi-chemin de ces deux tendances, au format réel donc plus précis et plus détaillés mais avec un aspect peint et souvent saturé qui élargit le champ des possibles par rapport aux roughs chirurgicaux de mes débuts. Pour les photos à réaliser, je respecte les proportions exactes des produits, et j’intègre les débords d’impression pour qu’on ait pas de surprises au cadrage. Ces roughs permettent de donner une direction artistique plus précise au niveau du placement, des intentions, des lumières mais je crois sans enfermer les stylistes et le photographes comme de la pige le ferait. Le client n’a pas réellement vu un résultat final avant de voir les photos réalisées et c’est là toute la différence.

Illustrations : période Meura.

COLLABORONS DÈS AUJOURD'HUI

 

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